« De terre et de rêve », Marko SOSIČ, à paraître en septembre 2017

De terre et de rêve, de Marko Sosič, est un recueil de onze nouvelles, chacune d’une longueur de 10 à 15 pages, et, en ce sens, extrêmement équilibré et formant une belle unité, à la fois de style et de contenu, intrinsèquement à l’ouvrage mais s’insérant également dans l’ensemble de l’œuvre de Sosič.

En effet, ce recueil vient après deux romans (Balerina, Balerina et Tito, amor mijo) et avant deux autres (Qui de loin t’approches de moi et Court roman de neige et d’amour), présentant une sorte de respiration entre deux moments de son œuvre.

Dans ce recueil, l’enfance, comme dans les deux premiers romans, joue un rôle primordial, en décalant le regard et le point de vue. Cependant le passage de témoin se produit dans ce recueil : au fil des nouvelles, l’enfant devient adulte et même vieillard, mais son regard continue à se poser ailleurs, à « être ailleurs », et annonce les deux romans suivants. Si les histoires de Sosič se situent à ses débuts dans les années 1960, ce livre sert de transition vers le présent, vers « nos » guerres (guerre en ex-Yougoslavie, mais aussi guerre pour la tolérance et contre l’exclusion, sujets dont traitent ses deux derniers romans).

Il s’agit bien sûr encore dans ce recueil des blessures laissées par la Seconde Guerre mondiale (« Fragments »), mais aussi d’enfants orphelins aujourd’hui qui ont vécu des événements terribles et que nous avons pour responsabilité de protéger (« Jusqu’au dernier nom »), de réfugiés qui ont besoin aujourd’hui de notre aide, mais qui sont aussi peut-être notre salut (« L’interprète de la douleur »). Et il s’agit enfin, comme dans tous les autres livres de Sosič, de ce quotidien, notre quotidien, tissé d’amour (« Oiseaux dans le feuillage », « Repos dans l’ombre »), de vérité et de mensonge (« Pastorale », « L’interprète de la douleur » ).

Ainsi, les thèmes abordés par Sosič dans ce recueil sont ceux qui irriguent toute son œuvre et qu’il creuse en spirale de livre en livre : la Seconde Guerre mondiale, le rideau de fer, leurs conséquences sur nos vies, sur notre quotidien, les douleurs et les souffrances engendrées par les mouvements de l’histoire, les motifs s’entrecroisant d’une nouvelle à l’autre, d’un livre à l’autre, avec toujours cette immense poésie et ce style si particulier, où se mêlent dans une même phrase, dans une même nouvelle, dans un même livre, le beau et l’horrible, à l’image de notre vie.

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