« De terre et de rêve », Marko SOSIČ

Couv de terre

De terre et de rêve, de Marko Sosič, est un recueil de onze nouvelles, chacune d’une longueur de 10 à 15 pages, et, en ce sens, extrêmement équilibré et formant une belle unité, à la fois de style et de contenu, intrinsèquement à l’ouvrage mais s’insérant également dans l’ensemble de l’œuvre de Sosič.

En effet, ce recueil vient après deux romans (Balerina, Balerina et Tito, amor mijo) et avant deux autres (Qui de loin t’approches de moi et Court roman de neige et d’amour), présentant une sorte de respiration entre deux moments de son œuvre.

Dans ce recueil, l’enfance, comme dans les deux premiers romans, joue un rôle primordial, en décalant le regard et le point de vue. Cependant le passage de témoin se produit dans ce recueil : au fil des nouvelles, l’enfant devient adulte et même vieillard, mais son regard continue à se poser ailleurs, à « être ailleurs », et annonce les deux romans suivants. Si les histoires de Sosič se situent à ses débuts dans les années 1960, ce livre sert de transition vers le présent, vers « nos » guerres (guerre en ex-Yougoslavie, mais aussi guerre pour la tolérance et contre l’exclusion, sujets dont traitent ses deux derniers romans).

Il s’agit bien sûr encore dans ce recueil des blessures laissées par la Seconde Guerre mondiale (« Fragments »), mais aussi d’enfants orphelins aujourd’hui qui ont vécu des événements terribles et que nous avons pour responsabilité de protéger (« Jusqu’au dernier nom »), de réfugiés qui ont besoin aujourd’hui de notre aide, mais qui sont aussi peut-être notre salut (« L’interprète de la douleur »). Et il s’agit enfin, comme dans tous les autres livres de Sosič, de ce quotidien, notre quotidien, tissé d’amour (« Oiseaux dans le feuillage », « Repos dans l’ombre »), de vérité et de mensonge (« Pastorale », « L’interprète de la douleur » ).

Ainsi, les thèmes abordés par Sosič dans ce recueil sont ceux qui irriguent toute son œuvre et qu’il creuse en spirale de livre en livre : la Seconde Guerre mondiale, le rideau de fer, leurs conséquences sur nos vies, sur notre quotidien, les douleurs et les souffrances engendrées par les mouvements de l’histoire, les motifs s’entrecroisant d’une nouvelle à l’autre, d’un livre à l’autre, avec toujours cette immense poésie et ce style si particulier, où se mêlent dans une même phrase, dans une même nouvelle, dans un même livre, le beau et l’horrible, à l’image de notre monde.

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Extrait

« Fragments »

… j’aperçois Alma, dont le père a fait massacrer beaucoup de gens pendant la Seconde Guerre mondiale... C’est ce qu’on raconte sur le père d’Alma, qui vit maintenant en Argentine. On dit qu’après la guerre il a acheté une maison à l’orée du village où vivent Alma, son frère, Gabriel, et leur mère. On le voit quand il vient d’Argentine rendre visite à sa famille et qu’il se promène dans le jardin devant la maison, entre les plates-bandes de roses et d’hortensias et les pins argentés. On le voit parfois ramasser une pomme de pin tombée d’une branche, mais dans ses mains on dirait une grenade pour massacrer les gens...

Et soudain je suis dans les pensées d’Alma... Lorsqu’il est long à revenir et qu’il me manque, je m’introduis parfois en cachette dans la chambre de papa et maman, j’ouvre l’armoire où se trouvent les chemises que papa n’a pas emportées. J’entrebâille doucement la porte et je les vois suspendues, blanches, lumineuses et parfumées, sur des cintres en bois. J’approche mon visage, je ferme les yeux et j’inspire pour me pénétrer de leur odeur. Ensuite, dans mes pensées, ces chemises se tachent du sang de tous les gens que mon papa a fait massacrer et je pleure en silence. Maman dit qu’il n’a pas pu faire autrement, parce qu’il combattait de l’autre côté, que tout simplement il n’a pas pu faire autrement... A travers mes larmes, je vois tous ces gens morts... Je ne connais pas leurs visages, je ne sais pas comment ils s’appellent, mais je les vois, là, près des chemises blanches, dans l’armoire, comme s’ils étaient là... Ensuite je ne pleure plus. J’ouvre les yeux et je vois que les chemises sont toujours là, blanches, lumineuses et parfumées. Je ne veux plus les regarder, je ne veux plus de cette armoire, je ne veux plus de mon père. Je veux partir ailleurs, là où personne ne me connaît. Je claque la porte de l’armoire, même si je sais que je vais y revenir et l’ouvrir pour y sentir encore les chemises de mon père quand il n’est pas là, même si c’est au prix de mes larmes et de mes souffrances, vous comprenez ?

… J’entends soudain la voix d’Alma : Viens, Gabriel, viens, mon frère...Et soudain, en moi, tout est tranquille... Je sens le vent qui frôle mon visage, et je me dis que ma sœur va me serrer contre elle et que j’entendrai en moi sa voix quand elle dira devant l’armoire ouverte où est posé un bouquet de lavande parfumée, ô, mon Dieu, pourquoi nous as-tu fait ça ?

 

 

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Fiche technique

Prix éditeur : 15,00 €
Collection : Nouvelles slovènes

ISBN : 978-2-9542845-6-9
Parution : 
Façonnage : carré/collé
Pagination : 154 pages
Traduction : Zdenka Štimac


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